Projets actuellement financés

1. Enquêter sur la signalisation des activités suspectes de financement du terrorisme lors des transactions immobilières dans l’ouest du Canada

Chercheur principal : Sandra Bucerius, Université de l’Alberta

Description :
Ce projet pilote explore le processus de signalisation des transactions suspectes dans le cadre du financement du terrorisme sur les marchés immobiliers canadiens. Des universitaires et des décideurs politiques avancent que des marchés immobiliers stables et rentables attirent ceux qui financent le terrorisme ou les groupes criminels organisés (Schneider, 2004; van Duyne, 2003), et que de tels investissements menacent les économies locales et nationales. Le Groupe d’action financière (GAF), la division anti-blanchiment d’argent et de financement du contre-terrorisme (AML/CTF) de l’OCDE , a identifié le secteur immobilier comme étant la cible des financeurs du terrorisme (GAF, 2008) et un secteur à risque pour les personnes impliquées dans des transactions immobilières (GAF, 2013). Au Canada, les individus qui travaillent dans l’immobilier doivent signaler toute transaction suspecte à CANAFE, l’unité de renseignement financier du Canada; cependant, nous savons peu de choses sur la façon dont les agents immobiliers sont formés à soupçonner ou détecter les irrégularités financières. La législation canadienne offre peu de guidage dans ce domaine : elle stipule que les activités suspectes devraient être identifiées selon les normes de l’industrie, et donne un grand pouvoir discrétionnaire aux agents qui les signalent. Ce projet contribue à un aspect important de la sécurité économique et nationale qui a longtemps été ignoré. Nous posons des questions sur trois champs d’enquête.

  1. Quelles sont les « normes de l’industrie » qui influencent le processus de signalisation? Comment les personnes qui travaillent dans l’immobilier savent-elles quelles normes sont pertinentes lors de la signalisation d’une activité suspecte?
  2. Quel est le processus de formation des individus qui travaillent dans l’immobilier? Comment se familiarisent-ils avec leurs obligations juridiques en cas d’un report de transaction financière suspecte, et comment appréhendent-ils ces obligations juridiques qui les obligent à signaler une suspicion de blanchiment d’argent ou d’un financement du terrorisme?
  3. À ce jour, l’étude la plus complète de l’AML/CTF canadien examine les opérations bancaires, qui sont réglementées au niveau fédéral. L’immobilier est réglementé par la province, et les marchés sont souvent influencés par des préoccupations à l’échelle régionale. À quel point les décisions de soumettre un rapport de suspicion sont-elles influencées par les définitions régionales des « normes » de transactions, plutôt que par les préoccupations concernant l’industrie dans sa globalité?

En s’appuyant sur des recherches sur les banques de détail d’un des co-chercheurs (Iafolla, 2012), ce projet examine le signalement de transactions suspectes sur trois marchés immobiliers provinciaux majeurs : Vancouver, Calgary, et Edmonton.

2. Trajectoire éducative des femmes radicalisées à Montréal

Chercheur principal : Ratna Ghosh, Université de McGill

Description :
Les rapports des médias signalent que des jeunes de sexe masculin ont été manipulés pour rejoindre ISIS, mais de plus en plus, des femmes quittent également leur pays pour rejoindre L’État islamique (ÉI). Cependant, il n’existe presque pas de recherche à propos des femmes radicalisées. En Afghanistan, les talibans utilisent les madrasas pour recruter des femmes (Afghanistan Taliban forces, 2009). En 2014, Boko Haram a commencé à utiliser des femmes comme kamikazes, certaines pas plus âgées que dix ans, pour attaquer des institutions éducatives nigériennes (Grossman, 2015). Au Canada, entre dix et douze femmes – de familles religieuses et laïques – qui vivaient et ont reçu leur éducation au Canada, ont quitté le pays pour aller en Syrie (Hopper, 2016). Amarasingam signale qu’au moins cinq Canadiennes ont eu des enfants sur le territoire de l’ÉI (Hopper, 2016). Cela est important : Tiflati avance que plusieurs femmes occidentales se trouvant sur le territoire de l’ÉI ont donné naissance à « une génération de bébés ÉI de l’Ouest » (Canadian women giving, 2016). Ces femmes radicalisées succombent à la propagande de l’ÉI qui leur fait croire qu’elles sont en quête de la réalisation de leur jihad personnel – en donnant naissance à leurs enfants, elles assurent la succession de la prochaine génération d’extrémistes. Des rapports indiquent que l’ÉI a même ouvert une maternité à Raqqa pour soutenir ce mouvement (Willsher, 2016). Par conséquent, il est important d’examiner le rôle des femmes radicalisées. Jusqu’à maintenant, les études sur les femmes radicalisées dépendent largement de données qui proviennent de sources secondaires telles que les réseaux sociaux (Hoyle, Bradford & Frenett, 2014; Noor & Hussein 2010; Sanchez, 2014). Au Canada aussi, les études sur les femmes radicalisées de Laura Huey de Western University se concentrent sur des discussions ayant lieu sur des forums en ligne. En revanche, ce projet qui concerne les femmes radicalisées à Montréal examinera le processus de radicalisation en récoltant des données primaires. Cela clarifiera les réalités et mythes de leur extrémisme, et fournira des connaissances et informations plus nuancées sur le sujet en question.

Ce projet se concentrera sur les femmes qui sont soit allées en Syrie ou ont essayé d’y aller à partir de Montréal, Québec. Le but est de créer des portraits de leurs trajectoires éducatives à partir d’informations récoltées via leurs groupes de pairs, parents, enseignants et amis. Nous posons la question suivante : quels facteurs font que certaines filles sont plus vulnérables que d’autres à la propagande de l’ÉI?

3. Radicalisation dans les prisons d’Alberta

Chercheur principal : Kevin Haggerty, Université de l’Alberta

Description :
Les établissements correctionnels ont été identifiés comme étant un environnement idéal pour l’initiation et le renforcement de la radicalisation à l’extrémisme violent (Hamm 2013). Par exemple, il semble que les suspects des attaques terroristes qui ont eu lieu en France en 2015 s’étaient rencontrés et avaient organisé leurs attaques entre les murs d’un établissement correctionnel. Cependant, ceci n’est pas une tendance uniforme, et il semble que l’environnement social et les dynamiques opérationnelles des institutions correctionnelles soient également impliqués (Useem and Clayton, 2009; Jones 2014).

Au Canada, cependant, avec l’exception de certaines recherches internes menées par le Service correctionnel Canada (Axford, Stys, and McEachran, 2015), nous en savons peu sur la radicalisation qui se passe derrière les murs d’une prison, car il n’y a pas encore eu d’étude empirique indépendante menée à ce sujet. Notre recherche aidera à développer une connaissance accrue de la radicalisation en prison, grâce à une recherche qualitative sur la radicalisation au sein d’un établissement correctionnel en Alberta (Fort Saskatchewan). Ce projet vise à établir une base pour le projet de recherche de taille beaucoup plus importante mené par notre équipe de recherche, qui porte sur la radicalisation en prison dans la province d’Alberta.

Deux questions fondamentales motivent cette recherche qui en est à son stade préliminaire : (1) Comment les détenus comprennent-ils l’étendue et le fonctionnement de la radicalisation, et (2) Comment le personnel correctionnel comprend-il et répond-il au processus de radicalisation en prison? Ces questions sont assez vastes, mais elles sont orientées de telle façon qu’elles clarifient le processus de radicalisation du point de vue des détenus et du personnel. Ces questions de reformulation nous permettront d’examiner une série de thèmes sous-jacents, dont le rôle des chefs charismatiques dans le processus de radicalisation, les mécanismes d’information qui peuvent (ou non) provenir de sources externes à la prison, les éléments attractifs variés (personnels, pragmatiques, de sécurité personnelle et idéologiques) de la radicalisation aux yeux des détenus, les raisons et moyens de résistance à la radicalisation, le rôle des différentes cultures correctionnelles dans le processus de radicalisation, etc. Notre recherche est actuellement centrée sur un établissement correctionnel, mais nous concevons ce projet dans le but de préparer le terrain pour une étude beaucoup plus grande sur la radicalisation au sein de plusieurs institutions correctionnelles en Alberta. Nous avons la chance d’avoir déjà obtenu l’approbation préliminaire pour notre recherche par le service correctionnel de l’Alberta.

4. À quel point les « loups solitaires » sont-ils vraiment solitaires? : Comprendre les réseaux d’influence, de communication et de support tactique des terroristes solitaires

Chercheur principal : David Hofmann, Université de Nouveaux Brunswick

Description :
Depuis les attaques du 11 septembre, il y a eu une augmentation d’incidents violents à motifs politiques commis par des « loups solitaires » : des individus qui agissent indépendamment des organismes terroristes établis (Eby, 2012; Spaaij, 2010). En réponse aux préoccupations croissantes parmi les décideurs politiques et la police, les universitaires qui étudient le terrorisme ont fait preuve d’efforts concertés afin de comprendre les motifs et méthodes des loups solitaires pour aider à contrer cette menace grandissante (ex., Becker 2014; Borum 2013). Cependant, ça n’a pas été une tâche facile. Comme il a été noté dans un rapport récent sur le terrorisme des loups solitaires établi par le National Consortium for the Study of Terrorism and Responses to Terrorism (START), « … il n’y a pas d’organisme hiérarchique à déranger, pas de large réseau à infiltrer, pas de documentation de groupe à surveiller, et peu d’interventions publiques à interpréter ou de brins de conversation à analyser pour déterminer des tendances » (Deloughery et. al., 2013, p. 2). Cela signifie que la nature solitaire du terrorisme perpétré par des loups solitaires présente des défis uniques et difficiles pour les agences de sécurité, les décideurs politiques et les universitaires quoi doivent détecter, identifier et empêcher leurs actions. Mais, à quel point ces loups solitaires sont-ils vraiment « solitaires »? Les recherches disponibles indiquent que les terroristes solitaires ne sont pas radicalisés dans un vide social (Spaaij, 2011, pp. 47-58), et ne planifient pas non plus leurs activités dans le total anonymat (Gill et. al., 2014). Malgré l’augmentation du nombre de preuves empiriques qui contestent cette approche, de nombreuses recherches actuelles continuent de se concentrer sur les comportements et les croyances des loups solitaires individuels (ex., Bakker et de Graaf, 2011; Becker, 2014). Avec peu d’exceptions, la plupart des recherches sur les loups solitaires ne prennent pas en compte le rôle crucial des grands réseaux sociaux sur la radicalisation et les méthodes d’opération des loups solitaires. Afin de commencer à rectifier cette lacune, cette recherche propose d’utiliser une science des réseaux pour mener à bien plusieurs cas d’étude approfondis sur les loups solitaires canadiens, qui explorent les caractéristiques structurelles et l’étendue de leurs réseaux idéologiques, de communication et de support. En se concentrant sur le type, la nature et la fréquence des relations établies par les loups solitaires durant leur radicalisation vers la violence, cette recherche peut fournir un aperçu social structurel unique et des applications pratiques pour les agences de sécurité dont la tâche est de détecter et d’empêcher le terrorisme par les loups solitaires.

5. Explorer la résistance et l’extrémisme violent parmi les convertis religieux au Canada

Chercheur principal : Andy Knight, Université de l’Alberta

Description :
Les convertis religieux sont une des populations les plus surveillées du monde occidental. « Explorer la résistance et l’extrémisme violent parmi les convertis religieux au Canada » examinera la question controversée des raisons pour lesquelles les convertis religieux représentent généralement une proportion tellement importante de l’extrémisme violent provenant du Canada. Spécifiquement, nous examinerons les raisons pour lesquelles une petite minorité de convertis religieux est radicalisée et attirée par les mouvements sociaux militants transfrontaliers (p. ex. l’État islamique (ÉI) et Al-Qaeda), alors que, par comparaison, la majorité n’est pas touchée par la « radicalisation ». En effet, comme l’ont démontré auparavant des études, une conversion religieuse peut être une expérience positive qui génère des résultats désirables au niveau social et individuel (Roald 2004 & 2012, Flower et Birkett 2014). S’appuyant sur des résultats récents sur la radicalisation, les recherches de Lome Dawson (1996, 2006 et 2010) sur les nouveaux mouvements religieux et la « radicalisation », et celles d’Anne Roald (2004 et 2012) sur les conversions religieuses parmi les nouveaux musulmans, font l’hypothèse qu’une petite minorité de convertis est vulnérable aux récits extrémistes à cause des pressions sociales particulières qui accompagnent la conversion. La conversion a été décrite par Lofland et Stark (1965) comme un processus par lequel un individu adopte une nouvelle « vision organisée du monde ». Les individus sujets à une conversion initiale peuvent prendre leurs distances par rapport aux réseaux de proches et d’amis qu’ils avaient établis auparavant, et développer des « liens affectifs » pour leur nouveau groupe de pairs religieux. Durant cette période préliminaire du processus de conversion, les individus peuvent faire des aller-retour entre les anciens et les nouveaux réseaux sociaux, en fonction de leur sentiment d’appartenance à un certain groupe. De plus, pendant ce stade préliminaire de la conversion, les convertis à l’Islam ne connaissent souvent pas les textes religieux importants (Coran et Hadiths) ni la langue arabe, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux messages puissants et aux stratégies de recrutement des groupes extrémistes transfrontaliers qui les exploitent et se présentent comme des mouvements strictement religieux à la poursuite de buts eschatologiques. Par conséquent, l’hypothèse est que si des individus vulnérables rencontrent ces textes et réseaux sociaux extrémistes – par exemple sur les réseaux sociaux ou en ligne – il est possible qu’ils se laissent endoctriner/recruter. L’hypothèse précédente provient de l’étude extensive au sujet de la « radicalisation » et de la conversion religieuse, mais elle n’a toujours pas été mise à l’épreuve, ce qui indique la nécessité de continuer les recherches.

6. Une analyse comparative de l’évaluation de la réponse canadienne à la menace du combattant étranger

Chercheur principal : Patti Lenard, Université d’Ottawa

Description :
La menace du combattant étranger a récemment été élevée au premier rang de priorité des agences de sécurité nationale de nombreux États occidentaux (ex. CSIS 2014 & 2016; Clapper 2016). Bien que cette menace ne soit pas forcement nouvelle (ex. van Zuijdewijn et Bakker, 2014), son statut prioritaire reflète certaines préoccupations, en particulier à propos des ambitions et des pratiques de « l’État islamique » en Iraq et en Syrie. L’ÉI a démontré une capacité à attirer des combattants étrangers dans son « califat » autoproclamé, dans le but à la fois de maintenir son potentiel et de tirer profit des capacités de ses combattants terroristes pour lancer une attaque contre les pays occidentaux, en particulier ceux qui ont été identifiés comme participants de la coalition anti-ÉI (ex., Clapper 2016). La menace du combattant étranger fait partie du problème plus général qui concerne les efforts de l’État islamique dans le recrutement et la radicalisation de membres des communautés musulmanes dans l’Ouest, à l’aide de réseaux sociaux et d’internet. Certains États, tels que le Canada, qui recherchent des façons de contrecarrer la menace du combattant étranger ont pu mettre en place certaines politiques et des instruments juridiques pour empêcher leurs ressortissants de rejoindre l’État islamique et d’autres entités terroristes.

Notre projet de recherche a pour but de répertorier ces nouvelles politiques et nouveaux instruments juridiques en prenant en considération leur efficacité, leur impact sur les droits de l’homme et leur statut lorsqu’on les compare aux activités d’alliés de conviction similaire. En particulier, nous voulons poser les questions suivantes et y trouver quelques réponses :

  1. Comment le gouvernement canadien a-t-il décrit la menace du combattant étranger dans les déclarations politiques?
  2. Quels pouvoirs juridiques ont été développés au Canada pour contrer la menace du combattant étranger?
  3. Quels défis démocratiques sont posés par l’existence et l’utilisation de ces pouvoirs?
  4. Quels ont été les efforts de lutte contre la menace du combattant étranger à ce jour?
  5. Comment l’approche du Canada sur la menace du combattant étranger se compare-t-elle à celles de ses alliés proches?

Le but global de notre projet de recherche est de clarifier la nature de la menace du combattant étranger ainsi que la réponse du Canada à ces menaces, en particulier en termes d’efficacité et de proportionnalité, afin de participer à l’amélioration de la compréhension du public et au développement de politiques.

7. Réseaux financiers mondiaux et lois contre le financement du terrorisme

Chercheur principal : Christian Leuprecht, Collège militaire royal du Canada

Description :
Il est bien connu que les terroristes, les criminels et leurs facilitateurs exploitent le marché financier mondial. À une époque de mondialisation, la magnitude et la vélocité du terrorisme et du crime soutenues par des économies interconnectées et des avancées en communication et en technologie ont conduit à l’apparition de bénéfices financiers et d’actes de violence importants (Realuyo 2015; Dishman 2005). Une convergence des menaces a amélioré la capacité des groupes à éviter les contre-mesures officielles, surpasser les défis logistiques, identifier et exploiter les faiblesses et opportunités présentes dans le système étatique, et attaquer ce système (McKenzie & Baker 2014). Alors que la circulation mondiale des marchandises illicites est bien documentée, il y a moins de sources d’informations liant le terrorisme aux réseaux financiers mondiaux qui peuvent servir de preuve. Ce projet complémente les idées souvent fragmentées présentes dans les ouvrages qui traitent du financement du terrorisme d’une part, et de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent aux É-U d’autre part. Les procès américains au civil sont aussi examinés pour permettre une compréhension de la relation entre terrorisme et réseaux financiers mondiaux. Les hypothèses du projet visent à caractériser le rapport entre terrorisme et crimes financiers mondiaux tels que le blanchiment d’argent international et l’évasion fiscale extraterritoriale. Ce projet réfléchit à plusieurs vulnérabilités au sein même du régime juridique et politique de lutte contre le financement du terrorisme. Premièrement, le Canada et les États-Unis maintiennent des lois fédérales et sous-fédérales qui autorisent les investisseurs non-résidents à masquer leurs vraies identités dans certaines situations, permettant ainsi aux terroristes de transférer des fonds d’un pays à l’autre en tout anonymat. Deuxièmement, il arrive que des États qui ne coopèrent pas, ne respectent pas et/ou n’appliquent pas les normes financières internationales significatives qui visent à identifier l’origine des financements transfrontaliers. Troisièmement, les paradis fiscaux — où sont cachés entre 10 et 35 trillions de dollars de fortunes non déclarées — servent d’intermédiaires financiers pour déplacer et dissimuler des transferts de revenus licites et illicites transfrontaliers, dans le but de financer le terrorisme. Le financement du terrorisme comme n’importe quel autre crime financier mondial, tel que l’évasion fiscale extraterritoriale et le blanchiment d’argent international, ne peut fonctionner seulement si les fonds transférés entre frontières ne sont pas détectés par les autorités policières locales (Shelley 2014).

8. Plus que des terroristes sur papier? Aperçu sur le mouvement Freeman-on-the-land au Canada

Chercheur principal : Barbara Perry, Université de l’Ontario Institut de Technologie

Description :
Les études approfondies sur les Freemen-on-the-Land (FOTL) (Hommes libres sur la terre), un mouvement contre le gouvernement, n’existent quasiment pas au Canada. Dans leur rapport sur la Sécurité publique et l’extrême droite au Canada, Perry et Scrivens (2015) discutent des adhérents de droite qui prennent part à ce mouvement. David Hofmann prévoit (prochainement) d’écrire un chapitre sur les Freemen canadiens – basé sur des sources de documentation libres – dans son œuvre futur qui traitera du terrorisme. À part cela, nous ne possédons aucune donnée fiable ou preuve empirique sur les FOTL, limitant ainsi notre capacité à gérer les menaces qu’ils peuvent représenter pour les civils et les autorités étatiques. Nos connaissances actuelles viennent en grande partie de la décision du juge en chef associé Rooke dans Meads v. Meads. Il appelle les individus et petits groupes « plaideurs vexatoires ». Rooke met aussi en avant l’hétérogénéité de ces partisans, et observe qu’ils « … n’expriment aucune croyance stéréotypée autre qu’un rejet général de la Cour et de l’autorité étatique; et ne font pas non plus partie d’une quelconque association sociale ou professionnelle. » Il dit que ces partisans sont seulement liés par le principe de « loi naturelle », et non pas par la loi humaine. Dans une déclaration d’obligations incohérente, la « FreeMan Society of Canada » demande par exemple à ses membres actuels et futurs de « … maintenir une posture non consentante envers les lois du gouvernement […] Ce qui fait de vous des Hommes libres sur la terre qui ne sont sujets à aucune — statue, règlementation, loi gouvernementale du Canada ou autre agence ici présente » (http://freemansocietyofcanada.webs.com/).

En absence d’analyse académique du mouvement FOTL au Canada, nous proposons de fournir une approche exploratoire à plusieurs méthodes pour une première étude d’un tel sujet. Notre but est de commencer à répondre aux questions suivantes :

  1. Quels sont les éléments fondamentaux des idéologies et croyances des FOTL au Canada?
  2. Quelles conditions personnelles, professionnelles ou juridiques rendent ce mouvement attractif pour certains individus?
  3. Quelles sont la force et l’intensité de l’attache des adhérents à ce mouvement?
  4. Quelles activités illégales et/ou violentes peuvent émaner d’une adhérence aux credo des FOTL?
  5. Quel est le risque que les idéologies FOTL se transforment en extrémisme violent?

9. Cœurs, esprits et contre-messages : un test de personnalité expérimental sur les réactions aux propagandes extrémistes et aux messages antiextrémistes

Chercheur principal : Neil Shortland, Université de Massachusetts Lowell

Description :
Des praticiens, des universitaires et la société elle-même réfléchissent de plus en plus au problème de la « radicalisation en ligne ». Bien que la quantité de ressources terroristes disponibles en ligne soit une préoccupation majeure, nous ne connaissons pas grand-chose sur les effets d’une exposition à de telles ressources. À la place, nous faisons trop souvent l’erreur de rendre l’exposition au terrorisme en ligne responsable de la « radicalisation » menant à des comportements terroristes, et ceci sans preuve. En relation directe avec ce sujet se trouve la notion de « contre-message » qui vise à contester les voix extrémistes et représente l’élément clé d’une stratégie efficace de lutte contre l’extrémisme violent (CEV). Cependant, bien que les contre-messages semblent prometteurs pour décourager le support du terrorisme, nous observons peu de tentatives de création de directives théoriques qui permettraient de les définir, ni d’outils pour mesurer leur efficacité (Braddock & Horgan, 2015). Actuellement, les contre-messages ne sont pas développés à partir de principes scientifiques rationnels, ni mis à l’épreuve à l’aide de mesures empiriques sur l’efficacité. Par conséquent, bien que certains contre-messages aient été reçus de manière positive et soient vus comme « efficaces » (p.ex., Extreme Dialogues), d’autres sont vus de façon plus sceptique et semblent avoir échoué (p.ex., « Think Now Turn Away »). Les efforts de développement de contre-messages crédibles et efficaces manquent actuellement d’appui documentaire. Le fait que la recherche scientifique sur les messages dissuasifs ait prouvé qu’un contre-message peu développé peut causer un effet « boomerang » qui augmenterait les conséquences négatives plutôt que de les empêcher, confirme la nécessité d’un support scientifique social dans le développement et l’évaluation des contre-messages qui luttent contre les voix de l’extrémisme en ligne.

Le but de cette recherche est donc, en s’appuyant sur les travaux expérimentaux qui sont actuellement entrepris par le CP, de mettre à l’épreuve expérimentale l’efficacité de différents types de campagnes de contre-messages. Plus précisément, cette recherche vise à mener l’enquête sur les questions suivantes :

R1 : Dans quelles circonstances les messages CEV peuvent-ils mitiger les effets de la propagande terroriste?
R2 : Dans quelles circonstances les messages CEV peuvent-ils éliminer l’effet de la propagande extrémiste?
R3 : Quelle combinaison de facteurs augmente l’efficacité de certains types de messages CEV, et pourquoi?